Récit d'une guérison
Mon parcours personnel a ceci de particulier : je suis un docteur, mais également un patient !
Au cours de l’automne 2002, je me sentais fatigué. De plus en plus. Et puis il y eut ces symptômes bizarres : boules noduleuses sur le crâne, névralgies dentaires et intercostales, migraines, perte d’appétit suivie d’une perte de poids...
(Pour information, tout ceci est raconté dans un livre : "Le fruit du hasard : la lucidité d'un médecin face à sa maladie", publié en novembre 2007 chez Ellébore.)
Je consultais plusieurs médecins, dont 3 spécialistes : aucun ne s’inquiéta des symptômes apparus, pas plus qu’ils ne tinrent compte du changement radical de santé m’affectant. J’ai perdu ainsi 2 mois. Il y a de quoi frémir...
Début 2003, totalement épuisé, je finis par être admis à l’hôpital de Pau. Diagnostique : lymphome T lymphoblastique, stade 4. Un lymphome est un cancer de la lymphe, et le système lymphatique sert à protéger et débarrasser l’organisme de toutes sortes d’impuretés. Le système lymphatique est aussi responsable de l’immunité.
Je souffrais d’un cancer malin qui avait envahi la plupart des organes vitaux (foie, poumons, cerveau, rate...). Mes chances de survie étaient minimes. Inutile de vous dire le coup de massue...
Je précise que ce genre de cancer se traite presque de la même manière qu'une leucémie. Dans les 2 cas, le problème de fond réside dans la moëlle osseuse
On m’expédie d’urgence à Bayonne. Là-bas, le service hématologique dispose de chambres stériles. Les traitements qu’on utilise pour soigner ce genre de maladies sont lourds et ils engendrent une aplasie, c’est-à-dire une baisse radicale des valeurs sanguines de base : plaquettes, globules rouges, et bien sûr les globules blancs responsables de l’immunité. Ainsi affaibli de toutes parts, l’organisme ne peut survivre que dans un contexte stérile.
Après 5 semaines éprouvantes (17 kilos de perdus...), je quittais Bayonne pour rentrer chez moi, juste le temps de souffler quelques jours. Ensuite, direction Bordeaux, pour y intégrer le service d’hématologie du centre Magendie de l’hôpital Haut-lévêque. J’y resterai plus de 6 mois, alternant chimios, rayons, et séjours en chambre stérile.
Après chaque nouvelle chimiothérapie, on se dit qu'on a atteint ses limites, qu'on ne pourra pas en encaisser davantage... et pourtant ! On y retourne, bien conscient de l'impérieuse nécessité de poursuivre ce traitement qui, paradoxalement, nous fait tant souffrir.
Fin août 2003, après le conditionnement préalable (une ultime charge de chimios et de rayons afin d’éradiquer toute trace de la moelle osseuse d’origine), je fus greffé. Le donneur n’était autre que mon frère, avec lequel j’étais compatible : quelle chance et quel cadeau ! Ma survie résidait dans cette petite poche de moelle purifiée : si par malheur la greffe ne prenait pas, c’était fini...
Mais il faut croire que mon heure n’était pas venue... 3 semaines plus tard, je quittais l’établissement, certes très affaibli et éprouvé, mais vivant.
Il me faudra des mois de convalescence, ingrats et laborieux, avant de songer à travailler et à sortir.
Un an après avoir été greffé, je décide de reprendre les consultations : c’est miraculeux ! Les patients arrivent et tout se passe bien, même si les premiers temps j’ai un peu de mal à suivre la cadence. Mais quel bonheur de pouvoir se rendre utile ! Quelle joie de pouvoir sortir sans s’inquiéter de ceci ou cela !
Avec ma femme, nous recommençons à nous balader en montagne : pour moi, c’est une véritable re-naissance.
Depuis, tout va bien : la famille, la santé, le travail, ce n’est que du bonheur.
Amis malades, tenez bon ! Ne baissez pas les bras ; luttez contre votre maladie et vous la surmonterez. L’envie de vivre qui vous habite est primordiale, elle est le feu sacré qui vous permet d’encaisser les épreuves. Entouré de vos proches et armé de votre volonté, vous vous en sortirez. Je pense à vous et mon coeur vous accompagne...