Les romans

 

- "Les limites du sens", éditions Atlantica, 343 pages, 20 euros.

Après le décès accidentel de sa femme et de sa petite fille, Gabriel, thérapeute, doit se reconstruire et réapprendre à vivre, malgré tout. Un voyage en Asie va se transformer pour lui en quête initiatique.

Extraits

« … Alors qu’il allait croiser leur route, Agnès et sa fille filant plein est, l’ivrogne plein ouest, ce dernier s’assoupit. Juste au moment de se croiser, sa voiture bifurque brutalement sur celle de la maman accompagnée de sa petite fille… Agnès, une fraction de seconde avant la collision, comprit que le choc était inévitable. Dans son esprit, un million d’images et de paroles se bousculèrent en une gerbe mortuaire insensée… »

« … En pénétrant à l’intérieur de l’enceinte sacrée, personne ne parlait ; seuls des oummmm… lents et caverneux troublaient la quiétude. Et cette quiétude n’était pas troublée de manière déplaisante, bien au contraire. Les adorateurs se déplaçaient sur un coussin d’air, leurs pieds effleurant le sol délicatement, comme s’ils avaient conscience que leur présence à elle seule représentait un blasphème. Alors, pour atténuer la lourdeur des corps, ils se faisaient aériens, et, par un miracle inexplicable, ils y parvenaient. Tout n’était que légèreté… L’encens brûlait en face de Bouddha, ravi de cet hommage rendu à son éternel sourire d’enfant. Tout alentour de sa divine personne, les fidèles répandaient un tapis de fleurs odorantes, aux couleurs du chant des oiseaux… »

« …Gabriel se retrouve seul dans le cimetière lugubre… seul et lugubre, mais c’est faux !... elles sont trois à lui tenir compagnie, et de quelle manière ! C’est un festival, dans son esprit ! Elles sont folles de joie de se retrouver toutes les trois, et lui, il est fou de joie pour elles. Elles n’ont eu aucun mal à traverser la terre fraîchement tassée… Elles dansent dans son cœur, elles volent, elles le transpercent de leurs sourires et de leurs éclats de rire, et lui, il est si content qu’elles soient réunies,, et cette fois pour de bon, pour toujours, pour l’éternité… Le cimetière n’a jamais connu une telle gaieté, une si surprenante ivresse !... »


- "À corps perdu", éditions Atlantica, 285 pages, 15 euros.

Plongé dans un profond coma à la suite d’une chute, incapable de communiquer avec le monde extérieur, Bernard Carrié, charpentier, devient le spectateur de lui-même. Auprès de lui se relaient les personnes qu’il a aimées, chacune adoptant un comportement bien particulier. Une jeune infirmière, Sophie, parviendra à découvrir la vérité : entre eux naîtra l’amour, dont l’apothéose sera pour Bernard synonyme de liberté.

Extraits :

« … Il fait probablement jour dehors, mais pour moi cela n’a plus aucune importance, puisque je suis condamné à l’obscurité. Du noir, rien que du noir. Le matin je verrai la nuit, et la nuit je continuerai à voir la nuit. Une interminable nuit, longue, longue, une nuit jetée dans ma tête sans la promesse de l’aube. Je viens tout juste de reprendre conscience, néanmoins j’ai d’ores et déjà parfaitement conscience de l’irrémédiable. Ma vie sera un enfer. Le désastre est inscrit dans mon corps, dans mon ventre immobile, dans mes muscles atrophiés et désormais absurdement inutiles… »

« … Je m’imaginais que la joie et le plaisir, il fallait les étreindre jalousement et de toutes ses forces si on voulait les garder en soi. J’avais tort. Depuis, j’ai compris que la joie est là, en toutes choses, dans le cœur de chacun, mais qu’elle ne cesse de jouer à cache-cache avec nous et que parfois elle se cache si bien qu’on ne la retrouve pas. J’ai compris que la joie, une fois qu’on la possède, il faut la nourrir et l’alimenter, sinon elle meurt ; elle est une plante magnifique aux pétales de velours et aux parfums d’Orient qui a besoin des autres pour continuer à se donner en spectacle, puis en pâture… Elle désire le monde et le monde a besoin d’elle… Si la joie et la beauté sont les feux de l’âme, la tristesse et la laideur en sont les glaces… »

« … Brusquement, j’ai senti une étrange et virulente chaleur se répandre dans tout mon corps, même aux endroits d’où la vie était absente depuis mon accident. Le poison qui allait me tuer était en train de me ramener à la vie. Le temps d’un soupir j’ai cru que j’allais me lever et me remettre à marcher, que j’allais enlacer ma Sophie et que nous sortirions dans le couloir, ivres d’amour, emportés par une valse dont une mélodie céleste accélérait le tempo, encore et encore, jusqu’à créer un tourbillon au centre duquel Sophie et moi nous confondions… »


- "Les forces vives", éditions Séguier, 553 pages, 25 euros.

Quête d’identité, découverte de soi, exploration des extrêmes… Le parcours chaotique et rocambolesque de Benjamin, un jeune montagnard, confronté aux forces vives de la nature, au pouvoir du sexe, et à la toute-puissance de l’Amour.
Benjamin, personnage impulsif et généreux, quitte son village natal afin de se frotter au monde moderne. À Paris, il connaîtra un parcours tumultueux – et sulfureux ! – où les femmes sont omniprésentes. Après bien des péripéties et une dérive qu’il ne doit qu’à lui-même, et dont il sortira transformé, Benjamin regagne la nature et ses repères. Tout semble alors revenu à la normale ; mais son escapade citadine aura eu des conséquences qui le poursuivront jusqu’au cœur de ses montagnes…

Extraits :

« … Les quelques mètres parcourus avec elle à son bras réchauffèrent son cœur, et cette constatation l’effraya. Il fit des efforts démesurés pour se rappeler le but de sa mission. Il accompagnait une inconnue qui le payait, une inconnue qu’il risquait de ne plus jamais revoir… »
« … L’univers intime de Benjamin était fait de roche, d’eau, de feu, de vent, de soleil, de terre molle et argileuse, de lumière et d’obscurité, de jaune, orage, vert, de bleu intense au noir sans nuances, de sang et de sueur, de migration… Son monde était celui de la Nature, vaste, démesurée, insondable… »

« … Barbara découvrait qu’elle était une handicapée de la vie, une poupée de luxe, une marionnette conçue et façonnée pour les besoins et les exigences d’un monde précis, duquel il lui était vivement recommandé de ne pas s’éloigner. Benjamin, lui, possédait une forme de liberté à laquelle elle n’avait pas accès… la liberté de se mouvoir sans appréhension de par le monde, la liberté de s’adapter, d’évoluer, de se fondre dans le décor, le privilège de ne pas redouter l’imprévu… Tout cela était rendu possible grâce à ce qu’il savait et détenait, une arme secrète qu’elle lui enviait et qu’elle espérait, qu’un jour, il lui enseignerait, pour la libérer à son tour de son inertie, de sa lourdeur, que ni sa finesse de corps ni la finesse de son jeu de séduction ne parvenaient à masquer… »

« … Lui, il avait son compte de sexe, il en avait même une légère nausée de cette copulation stérile. Ereinté, nerveux sous l’effet de la drogue, Benjamin désirait prendre congé de ses maîtresses. L’enthousiasme le quittait. Elles n’avaient qu’à s’occuper entre elles, maintenant qu’il savait de quoi elles étaient capables… Il puait la sueur, l’alcool, la fumée, l’odeur collante du sexe des deux amantes… »

« … Benjamin tournait sur lui-même pour observer les sommets enneigés qui l’invitaient à venir les rejoindre. Le soleil avait d’ores et déjà disparu à l’abri des sentinelles minérales encerclant le village. La vallée baignait dans une couleur bleu sombre, teintée de rougeoiements filandreux. La lumière ricochait sur le versant ouest des forteresses, à l’abri desquelles le soleil chutait, là où la vue ne pouvait percer, de l’autre côté, dans une vallée éloignée… »


- "Le toi du monde", publié chez Editeur Indépendant.com, 350 pages, 21 euros

Construit sur le double mode du conte philosophique et du récit spirituel, Le toi du monde illustre la difficulté, et aussi les dangers, de ramener une société aux principes fondamentaux et naturels que le temps a fini par occulter. Il offre ainsi un aperçu saisissant de la façon dont la force de conviction humaine parvient à infléchir le cours attendu des évènements et de l’Histoire.

 

Extraits :

 

« Au-dessus du champ, le ciel encombré de chagrin s’impatiente. Il contient ses larmes, mais bientôt ses larmes couleront, et la terre lui en sera reconnaissant. De petits groupes d’oiseaux s’élancent vers les nuages, dans le coton desquels ils se prélassent voluptueusement. Le vent, léger et caressant, rafraîchit et dissémine la vie.
Tranquillement, tu t’éloignes.Tu prends la direction du village, à travers champs. Tu calcules ta trajectoire pour croiser les pas de l’inconnu au moment où ce dernier arrivera aux portes du village. Tu n’obéis plus à ta volonté. Quelque chose te pousse vers lui. Tu éprouves une curieuse sensation, comme si tu allais rencontrer un personnage que tu connais, mais dont tu n’aurais jamais vu le visage. Il t’attire comme un aimant. Tu retrouves ta vigueur en t’approchant de lui ; à nouveau, la force de la jeunesse circule librement dans tes vaisseaux. La faiblesse dont tu fus victime quelques instants auparavant a totalement disparu.
Tu distingues vaguement, à présent, les traits de l’homme ; il a l’air d’un vagabond. Ses cheveux sont en bataille, ses vêtements abimés, sa peau tannée par la vie au grand air, sa barbe vieille de plusieurs jours… Il porte un sac en bandoulière. Tu te demandes comment le sac tient encore sur ses épaules, tant il est usé !
Et vous n’êtes maintenant éloignés l’un de l’autre que d’une cinquantaine de mètres. Pour l’instant, l’étranger n’a pas tourné la tête une seule fois en ta direction. On dirait qu’il t’ignore. Vous êtes sur le point de vous croiser… »

« L’humidité du crépuscule éponge la sueur du jour…
Tu as froid. Ta peau est recouverte d’une fine pellicule d’eau. C’est la rosée du soir, dans la fraîcheur de laquelle tu t’éveilles, en paix. La forêt est silencieuse : elle se recueille. Tu te soulèves de ton matelas de verdure, ragaillardi par ton repos. À présent, tu peux rentrer chez toi : tu as ta réponse. Tu sais ce qu’il te reste à faire. »

« Que veulent les habitants du monde libre ? Ils veulent conserver leur liberté d’être, de parole et d’action. Ils préfèrent vivre sobrement plutôt que d’encourir les risques de s’aliéner à une forme de dépendance. Aussi sont-ils épanouis dans la simplicité. Leurs joies sont naturelles, tout comme leurs occupations. Et leur préoccupation est celle d’être et de demeurer joyeux.
L’homme neuf a gommé la principale tare de l’homme commun : il sait rester à ne rien faire. Il a appris à être autrement que dans l’action à tout prix. En ceci, l’homme du nouveau monde a progressé. Il peut rester des heures en compagnie de lui-même sans chercher à s’enfuir ou à combler son ennui. Son seul souci : combattre le désir et l’insatiable besoin d’agir. Epanoui dans l’action et comblé dans l’inaction : telle est la polyvalence de l’homme libre. »